vendredi 1 décembre 2017

Blue


Joël Houssin - Blue - Goater collection Rechute









Refermer Blue, c’est pour moi refermer la malle aux souvenirs. La faute à cette préface sensible de Mme Débat. Alors comme ça M Houssin vous déambuliez boulevard des Batignolles dans les seventies? J’ai arpenté quotidiennement le bitume entre la Place Clichy et le lycée Chaptal entre 1970 et 1974. Je ne vous y ait jamais croisé. Quel regret. J’aurais bien volontiers intégré votre gang des Patineurs ou celui des Monte-en-l’air, anciennes gloires locales. Il est vrai que les Batignolles, même en 70 n’avaient plus rien d’un faubourg. La place Clichy n’avait rien non plus d’un ghetto. C’était plutôt Babylon 5, à la confluence de plusieurs arrondissements et de plusieurs mondes. A l’ouest les rupins de Rome et de Villiers, au nord la banlieue de Clichy et de Saint-Denis, la foule interlope de Blanche ou Pigalle et les musicos de la rue Fontaine à l’est, et plus au sud mes échappées vers la Trinité et les éditions Opta. A Chaptal, les science-fictionneux au nombre de deux (à ma connaissance, un copain breton et moi) montraient timidement le bout de leurs nez. Ce fut mon univers.


Bref.



Les Monte en l'air des Batignolles

Blue met en scène un Paris post apocalyptique ceinturé par un Mur gardé par des créatures inquiétantes et sans pitié, les Néons. A l’intérieur les humains regroupés en bandes se partagent les lieux : les Patineurs, les Bouleurs au front de métal, les Musuls, ancien gang dominateur  aujourd’hui réfugié dans les souterrains de la capitale, les Skins, les Youves, friands de trafics en tout genre, les Saignants dirigés par le redoutable Lame, les Errants vestiges d’anarchistes et enfin les improbables et pacifiques Krishie fournisseurs de viande avariée. Tout ce petit monde survit tant bien que mal à coups de baston et de revendications territoriales. D’autres, comme Blue le chef des Patineurs, rêvent de passer le Mur. A condition toutefois, pour ces indiens d’un nouveau genre, d’en passer par « l’unification des tribus ».


Banlieues à la dérive, ghettos de sinistres mémoire, mur de Berlin, les réminiscences pleuvent à la lecture du roman de Joël Houssin. D’aucuns se souviendront de New York 1997 le film de John Carpenter ou du désert du monde de Jean-Pierre Andrevon. Pour le commun des mortels les prisons demeurent des lieux d’exclusions nécessaires, les cités des no man’s land de pauvreté et d’altérité. Quelques romanciers sont persuadés du contraire. Dans le séminal Comte de Monte-Cristo, Edmond Dantès retrouve espoir auprès de l’abbé Faria avant d’aller affronter les Danglars, Mondego, Morcef  et autres Caderousse. L’Humanité réside à l’intérieur des forteresses, l’Inhumanité à l’extérieur. Houssin y ajoute une noirceur à la Andrevon qui culmine avec cette scène où Tout Gris, narrateur et lieutenant de Blue guide son chef, selon les termes magnifiques de Jeanne A. Débats,  tel « Antigone menant Œdipe » à travers « le miroir de leurs illusions ».


Ce roman précurseur d’Argentine témoigne d’une facilité d’écriture déconcertante et d’un art subtil de la progression dramatique. On s’attache à ces personnages qui dissimulent leur désespoir sous le masque de la cruauté ou de l’ignorance et en particulier à Blue et Tout Gris, figures classiques du Cavalier et du Juste, celui qui agit et celui qui sait. Pour ne rien gâcher, l’ouvrage reparaît dans une nouvelle collection en forme d’hommage aux défuntes et célèbres éditions Chute Libre. La livrée est superbe. Comme quoi on peut aller enterrer ses illusions et soigner sa tenue.  

mercredi 29 novembre 2017

lundi 27 novembre 2017

Jean Ray, entre réalité et légende (4)


Jean Ray - Les derniers contes de Canterbury - Alma







Paru en 1944, le recueil des derniers contes de Canterbury consacre définitivement la réputation littéraire de Raymond Jean Marie De Kremer alias Jean Ray, en Belgique. Il faudra néanmoins attendre une dizaine d’années pour voir celle-ci se propager outre-Quiévrain avec la publication chez Denoël du fameux roman Malpertuis.


Les 32 courts récits de ce volume ont une genèse complexe qui tient à la fois du fameux ouvrage de Geoffrey Chaucer quasi éponyme, de l’ Heptaméron de Marguerite de Navarre sans compter une inclusion d’Hoffmann par le biais du chat Murr. Dans ces œuvres, des récitants ou devisants sont invités à raconter une histoire à tour de rôle. Jean Ray attache une importance particulière au texte de Chaucer et dans une auto préface signée H de Lovre, rappelle que le poète anglais n’eut pas le temps d’achever sa création par « le merveilleux poème du retour des hommes lavés de leur péchés par la foi et la prière ». Ainsi en filigrane de l’ambition littéraire de l’écrivain gantois s’exprime le désir d’une rédemption : « on ne risque pas grand-chose en affirmant qu’il essayait de fuir des souvenirs trop lourds, qu’il cherchait l’oubli des heures trop sévères injustement vécues, qu’il se réfugiait littéralement dans la fiction pour échapper à la réalité des choses, tout en se rapprochant en pensée des humbles de la terre, ceux qu’il avait toujours aimés et défendus ». Bref il convoque les fantômes. A t-il trouvé la paix ? La triple nuit de la Mort, de la Création et du Mal évoquée dans la fiction finale « Au profit des conjectures » semble répondre par la négative. La danse autour du gouffre est sans fin.


Tout commence par l’arrivée dans une inquiétante auberge de Southwark, de l’infortuné Tobias Weep, membre d’une société littéraire dont les travaux sont consacrés à Chaucer. Dans l’ombre, venus de temps reculés, surgissent soudain l’illustre poète et les silhouettes de personnages disparus. A tour de rôle, ils prennent la parole, après une courte présentation. Le lecteur découvre un restaurant cannibale avec « Irish Stew », les amours d’une vieille fille et d’un perroquet dans « Les noces de Mlle Bonvoisin ». Une image prend forme humaine dans « Le bonhomme Mayeux ». Ce passage de la bidimensionnalité à la tridimensionnalité (ou inversement)  rappelle « L’Assiette de Moustiers» du recueil Les cercles de l’épouvante. Deux récits se souviennent de Lovecraft. « Le Uhu » raconte l’irruption d’un monstre maléfique et gigantesque invoqué malencontreusement par les occupants d’une auberge perdue dans une lande. Comme d’habitude chez Jean Ray, les lieux fermés s’apparentent plus à des pièges qu’à des refuges. Plus sophistiqué, « La Terreur rose » conte l’irruption d’une créature cosmique. « Le démon d’Highbottam » met en scène un personnage conradien qui installé au fond de la jungle thaïlandaise fait alliance avec une créature inquiétante. Les excursions maritimes ne sont pas oubliées avec « Le fleuve Finders, récit d’aventure en Australie, ou « Vieille Abyssinie » - souvenir de Rimbaud … -, nouvelle incluse selon la bonne habitude prise par Arnaud Huftier, dans les textes annexes. On ne citera pas toutes les fictions …


Le talent de l’écrivain éclate dans ces coup de crayons dont il a le secret : « À l'extrémité de la rue du Canal se tenait blottie au fond d'un jardin de lilas précoces, déjà poudrés de vert tendre, la maison de Mlle Sylvie Bonvoisin, une vieille fille haute en graine, noire comme gaupe, et ressemblant à une immense épingle de nourrice roulée dans une étoffe » -  ou encore dans cette envolée : « Le rose n'est pas une couleur, c'est le bâtard du rouge triomphant et de la lumière coupable ; né d'un inceste où l'enfer comme le ciel ont joué un rôle, il est resté la teinte de la honte. Mais cela, je ne l'ai senti que plus tard, quand il m'était devenu impossible de sortir encore de la géhenne. La connaissance d'après coup, celle qui arrive trop tard pour vous sauver, me rappela que le rose est jumelé à l'horreur. Fleur sanglante des poumons phtisiques, mousse aux lèvres des hommes qui meurent la poitrine percée, tissus visqueux des fœtus, prunelles affreuses des albinos morbides, témoin du virus et du spirochète, compagnon des sanies et de toutes les purulences, il a fallu l'innocence et l'admiration des enfants et des jeunes filles pour l'entourer de désirs et de préférences, et cela même démontre sa malice et sa ténébreuse essence. »


Plus encore que dans les précédents recueils, le lecteur aura recours au dictionnaire. Pas de glossolalie cthulhuesque à la Lovecraft ici, mais un véritable magasin de brocante lexicographique. Il faudra se familiariser avec gaupe, canepin, contre-hastier, trivelin, pipoir, funaire etc … L’irruption de personnages issus d’époques diverses explique peu être l’abondance de ces expressions vieillies ou peu usitées. Tout cela concourt au charme des Derniers contes de Canterbury, légèrement inférieurs cependant à mon avis au Grand Nocturne et au Cercle de l’épouvante qui constituaient l’ossature de la fameuse anthologie Marabout. Se dessine aussi peu à peu l’image littéraire d’un mauvais garçon à la François Villon ne dédaignant pas à l’occasion taquiner le bourgeois.









ANNEXE : Brocante Gantoise



Tadorne : Canard à tête noire et bec rouge, des estuaires et des eaux marines littorales, sédentaire en France. (Le casarca est une espèce voisine, plus terrestre.)


Microglosse : perroquet d‘Océanie

Trigle : poisson au corps triangulaire

Calemart : (français vieilli) plumier muni d’un encrier

Drayoire : Couteau à dérayer, servant à enlever la chair d'une peau tannée (creuser)

Kaolin : Roche argileuse blanche et friable contenant de la kaolinite et parfois un peu de quartz, résultant de l'altération des granites. (C'est la matière première des porcelaines et des faïences fines.

Gaupe : (allemand) Populaire et vieux. Femme de mauvaise vie, prostituée.

Canepin : (italien) Peau très fine qui servait autrefois aux travaux de fine maroquinerie et à la ganterie.

Contre-hastier : chenet garni de crochets (mis au bord d’une cheminée)


Encaquer : mettre des harengs dans un caque (baril)


Limonaire : Orgue mécanique fonctionnant grâce à un système pneumatique commandé par un rouleau de carton perforé entraîné par une manivelle


Trivelin : Personnage de ballet ou bouffon


 Funaire : Mousse qui colonise, en forêt, les traces de foyers et les ronds de charbonniers, et dont la soie se tord sur elle-même quand vient la sécheresse.

Tapabord : chapeau dont le bord arrière couvre la nuque


Pipoir : Instrument qui sert à piper, à contrefaire le cri de la chouette


Toueur : Remorqueur se déplaçant par traction sur une chaîne ou un câble reposant librement sur le fond du chenal et s'enroulant sur le tambour d'un treuil porté par le remorqueur.

Margritin : Rocaille très fine employée pour l’ornementation des jardins


Cuvelle : (belge) bassine


Verdagon : vin vert ou piquette


Koff : voilier commercial hollandais à deux mats


Livarde : perche qui servait à tendre la voile aurique (voile de forme trapezoidale)


Auner : mesurer à l’aune


Tapissendis : sorte de toiles de coton peintes, dont la couleur passe des deux côtés


Gibbeux : Se dit de l'aspect d'un astre à diamètre apparent sensible dont la surface éclairée visible occupe plus de la moitié du disque


Calenture : délire furieux dont sont victimes les marins


Fournette : petit fourneau servant à oxyder un alliage de plomb et d'étain


Gravelet : outil de tailleur de pierre pour ciseler

dimanche 19 novembre 2017

Nouvellistes américains (3)


Raymond Carver - Les trois roses jaunes - Folio








« Les gens qui ne sont rien » pour reprendre une formule jupitérienne peu compassionnelle, bref, ces gens là fournissent la matière d’œuvres littéraires non négligeables. D’un inventaire où étincellent Dickens, Hugo, Zola, le Flaubert d’Un coeur simple et tant d’autres, on peut extraire la figure de Raymond Carver. Décédé en 1988 l’écrivain laisse une production dominée par quelques recueils de nouvelles, rédigés dans un style qualifié de « minimaliste ». Les trois roses jaunes est l’un d’entre eux, conçu semble t’il sous l’inspiration du dramaturge Anton Tchekhov, héros d’un des textes.


En matière de minimalisme, la minceur des intrigues de ces sept fictions saute aux yeux.  Carver ne raconte pas d’histoires à proprement parler. Il met en lumière des moments, des tranches  de vie. Quelques uns de ces récits se réduisent à des dialogues. Il y a là un art théâtral, avec une mise en scène réduite à l’essentiel. Dans « Débranchés », un couple est réveillé au milieu de la nuit par un faux appel téléphonique. Loin de se rendormir les époux entament une conversation colorée d’angoisse existentielle, au bord du néant. « Intimité » conte la visite d’un auteur à son ex femme. Celle-ci a refait son existence et jette ses rancunes à la face de l’ancien mari qui encaisse sans broncher, voir réclame son courroux, avant le pardon final. Dans ce numéro d’auto flagellation bien rodé, on peut déceler la trace de Trigorine, un des protagonistes de La mouette de Tchekhov, dans le rôle de l’écrivain qui vampirise ses proches au profit de ses personnages. Les amateurs de science-fiction citeront également « Portrait de famille » de Georges Martin. « Menudo » dresse le portrait d’un homme qui trompe son épouse avec celle de son voisin. Pris de remords il évoque toutes les femmes qu’il a négligé dont sa propre mère. Un point commun avec Astrov, un des héros d’Oncle Vania du dramaturge russe, qui boit pour oublier qu’il n’aime personne.


« Tu n'as pas eu de joie dans la vie... Mais patience, oncle Vania, patience... Nous nous reposerons... Nous nous reposerons.”. Echo d’un  célèbre texte, la  pauvreté, la misère s’inscrivent en filigrane de « Cartons », le meilleur récit de l’ouvrage. Là encore l’argument est simple. Une veuve reçoit son fils et sa belle-fille à déjeuner avant de déménager. Une habitude prise avec son défunt mari lorsqu’ils tentaient de fuir le chômage aux quatre coins de l’Amérique en se délestant chaque fois un peu plus de leurs maigres biens. Désormais la vieille femme ne tient plus en place, adressant des griefs imaginaires à ses anciens lieux d’habitation, se débattant dans la vie comme dans un lit de souffrance. Dans la même veine thématique mais plus enjoué, « L’éléphant » met aux prises un personnage avec une famille envahissante qui lui soutire toujours plus d’argent. La pauvreté est elle contagieuse ?


Plus classique « Le bout des doigts » évoque la fin d’un couple, ce moment où l’autre devient étranger, au point de ne plus reconnaître son écriture. Enfin « Les trois roses jaunes » raconte l’agonie d’Anton Tchekhov. Carver introduit à la fin de la narration le personnage d’un chasseur d’hôtel soucieux de récupérer un bouchon de champagne dans la chambre du moribond.  Une anecdote sans intérêt mais créant comme un effet de contrepoint à la dramaturgie de la nouvelle.


« Où vos personnages vous conduisent ils ? » demanda un jour Tolstoï à Tchekhov. « Du divan où ils sont couchés jusqu’au cabinet du débarras, aller et retour » lui répond il. Une façon de dire que l’essentiel de la vie d’un homme se dissout dans la banalité du quotidien et non dans les interstices événementiels. C’est cet espace que Carver traque avec une musique qui n’appartient qu’à lui.

lundi 13 novembre 2017

Le jour de la création


J.G. Ballard - Le jour de la création - Tristram





Parachuté par l’Organisation Mondiale de la Santé dans un pays de l’ex Afrique équatoriale Française, le docteur Mallory rêve de découvrir un nouveau Nil. Son dispensaire vient de fermer, à moitié détruit par un conflit opposant des troupes gouvernementales aux rebelles de Harare. Il compense son inactivité par des recherches hydrologiques, une passion nouvelle qui masque en fait une dérive mentale. Un jour en  arrachant une vieille souche d’arbre, il met à jour un ruisseau qui devient fleuve.


Mallory n’est pas le seul paumé de la région. Sanger, un réalisateur de documentaires en quête d’un second souffle débarque à Port-la-Nouvelle, accompagné d’un assistant indien, et d’une photographe japonaise, La naissance du fleuve capte son attention ainsi que celle du Capitaine Kagwa représentant du gouvernement. Le docteur n’entend pas cependant se laisser déposséder de sa découverte et embarque à bord d’un cargo rebaptisé Salammbô (tout un programme). Noon, une jeune et mystérieuse adolescente transfuge de Harare le rejoint. Ensemble ils remontent le cours à la recherche de sa véritable source.


Avec de telles prémisses, le lecteur pouvait espérer un récit à la Conrad où à la Jim Thompson. Il n’en est rien. Le jour de la création évoquerait plutôt Le monde englouti du même Ballard, voir à la limite le Voyage au centre de Jules Verne pour l’aspect symbolique de la quête des origines. L’écrivain campe une fois de plus un personnage de névrosé obsessionnel aux desseins contradictoires, hanté par le rêve d’un Sahara vert tout autant que par l’idée de tuer sa création fluviale. Le roman gravite autour de lui, tout comme les autres protagonistes entraînés par une giration des songes.


Le récit prend alors un tour onirique où les paysages mentaux disputent à une géographie déjà incertaine la pertinence de la description des lieux. Ballard use magistralement de l’art de transfigurer la réalité. Le fleuve Mallory est le fleuve de la création et du désir. Son cours puissant traverse des jardins exotiques magnifiques avant de s’épuiser dans des marais. La langue de l’écrivain est elle-même fleuve, en inspiration descriptive perpétuelle, dans une fluidité continuelle.


Ce roman confortera dans leur opinion les lecteurs qui estiment que l’auteur de Crash est plus à l’aise dans la forme courte que longue. Les autres prendront le large dans ce « bateau ivre » servi par une écriture incomparable.

mercredi 1 novembre 2017

Futurs violents


PREAMBULE



Rédigé en 2005 pour le site du Cafard cosmique, cet article (1) se référait à une thématique assez marginale en littérature de science-fiction si on la compare à une autre forme traditionnelle de violence, la guerre. Cependant depuis l’attentat du 11 Septembre 2001, le terrorisme, sous des alibis religieux, n’a cessé de prendre de l’ampleur, atteignant un seuil paroxystique lors des événements de Paris et de Nice, modifiant à jamais notre modus vivendi.

J’ai conservé, moyennant quelques allégements et clarifications, la forme initiale du texte, à savoir un inventaire, n’ayant ni le goût ni la volonté d’explorer les ressorts de cette horreur contemporaine. A l’image des derniers ouvrages de DON DELILLO, qui n’est pas un auteur de science-fiction mais qui explore l’abime, je reste en état de sidération et de compassion pour les victimes.



INTRODUCTION



Attentats de New-York, de Madrid, Paris... les terrorismes refont surface. Quelle lecture la science-fiction donne-t-elle de ces phénomènes violents, dans des ouvrages décrivant un futur extrêmement proche ? L'on prend ici conscience du fait que l’acte terroriste, défini d’abord et avant tout par la menace d’un petit nombre [individu, ou petit groupe] vis à vis d’un grand nombre [pays, entreprises…] a pris ses racines dans des combats politiques avant de devenir, avec le XXIème siècle, un acte qui sous couvert de religion n’a d’autre valeur que l’acte lui-même.

 [DEFINITION : Terrorisme : nom masculin ; usage ou menace d'usage de différents actes de violence [sabotages, prise d'otages, attentats, etc.] contre des personnes ou des biens, pour contraindre ou intimider un gouvernement ou une entreprise, dans le but d'atteindre des objectifs politiques, religieux ou idéologiques.]





 TERRORISME, L'ARME DES DESESPERES



1- BIO-TERRORISME

20 mars 1995, Tokyo. A 8H20 du matin, alors que les Tokyoïtes se rendent à leur travail, du gaz sarin est propagé sur trois lignes de métro qui se croisent à la station Kasumigaseki. Bilan : 10 morts, plus de 4700 intoxiqués. On arrêtera plus tard les 5 membres de la secte Aum Shinrikyo, "la nouvelle église de la vérité suprême"...

Le bio-terrorisme frappait la capitale japonaise en 1995. Quinze ans plus tôt, en 1982, Frank HERBERT en avait fait le coeur d’un livre terrifiant, La mort blanche. Le personnage central est un biologiste américain de souche irlandaise, qui perd sa femme et ses deux enfants dans un attentat perpétré par une branche de l’IRA à Dublin. Il va se venger en disséminant un virus qui ne tue que la population féminine... mais qui par conséquent met en péril l’Humanité toute entière.

Le livre lui-même est d’abord conçu comme une enquête policière avec une course poursuite technologique entre le concepteur du virus et les équipes internationales chargées d’annihiler son action. Puis il bascule au travers de la pérégrination de quelques personnages (un prêtre, un enfant, un terroriste et O’Neill le Fou) dans une exploration de l’âme irlandaise. Ce que traduit bien HERBERT, c’est le désespoir d’un individu, et même d’un peuple comme source du terrorisme. Le désespoir absolu conduit à l’indifférence et l’indifférence conduit à la « tyrannie », pour reprendre l’expression de l’auteur.

L’attaque au Sarin en 1995, puis les attaques à l’anthrax, la maladie du charbon, ont donné une réalité à l’attentat biologique. Le mode de propagation qu’avait imaginé HERBERT, à savoir l’envoi d’enveloppes contenant quelques grammes de poudre empoisonnées, est justement celui choisit par les islamistes qui envoyèrent aux parlementaires américains en 2001 et 2002 des plis recélant de l’anthrax, causant plusieurs décès.



2 - CYBER-TERRORISME

Du cyberactivisme au cyber-terrorisme, il n’y a qu’un pas. En quelques mots : via la figure du hacker le cyberspace n’est pas seulement un espace de consommation, mais aussi un espace de liberté revendiqué, un contre-pouvoir. Le Net est à la fois un média classique, comme la télévision mais aussi un outil d’échange et d’expression difficilement contrôlable via le notamment le peer to peer.

Sur ces thèmes de la lutte contre un pouvoir oppresseur citons Les Mailles du réseau de Bruce STERLING et surtout un livre culte,  Sur l’onde de choc  [1975] de John BRUNNER

L’intrigue : en 2010, L’Amérique du Nord est recouverte d’un vaste réseau informatique. Ce réseau, accessible par téléphone ou ordinateur, contient toutes les données relatives aux individus. Parallèlement un vaste système de surveillance alimente de façon permanente ce réseau.

Loin du village planétaire de Mac-Luhan, BRUNNER décrit une société amorale dominée par l’information et le spectacle. Ainsi les jeux « delphiques », où des paris sont pris sur la véracité d’une info. Ou encore la religion : les propos tenus par les croyants dans les confessionnaux sont télévisés.

Dans cette société l’accès aux données dépend de codes d’accès. Un code de haut niveau permet par exemple de changer d’identité et d’acquérir du pouvoir. Informaticien de génie, le héros de l’histoire Nick Haflinger intègre une université d’Etat à Randemont puis une entreprise la « Ground to Space ». Il y découvre l’utilisation sans éthique de la science, de l’information et le Mal. Il entreprend alors de détruire le réseau afin de libérer l’information et par là même l’Humanité, en fabriquant une « couleuvre » gigantesque. BRUNNER invente carrément l’ancêtre du virus et du ver informatiques.

Cet ouvrage, dédié à A. TOOFLER auteur du Choc du futur, se situe dans le droit fil des préoccupations de l’époque sur les conséquences sociologiques, culturelles et organisationnelles de l’informatisation des sociétés (les travaux de NORA et Alain MINC en France par exemple). Cet ouvrage pose le problème de la rétention et de la manipulation de l’information par des entités ou Etats sans scrupule

« Nous savons, nous ressentons au plus profond de nous, qu’il y a continuellement des gens qui prennent des décisions qui risquent de porter atteinte à nos rêves, nos ambitions ou nos relations avec les autres. Mais ces décisions ils ont intérêt à les garder secrètes car c’est pour eux le meilleur moyen de garder leur emprise sur les gens qu’ils commandent ».

Les polars cyberpunk de William GIBSON et de Bruce STERLING, comme Neuromancien ou Les mailles du réseau, pour ne mentionner que les plus connus, ont donné aux hackers un rôle plus ambigu. A l’image de la réalité actuelle, le hacker peut basculer du côté obscur, se transformer en ce que l’on appelle parfois un crasher, et détruire par révolte [façon délinquance sur la Toile] les sites personnels aussi bien que les fichiers internes de la CIA.

Il semble acté que les nébuleuses terroristes du XXIème siècle utilisent le web comme un outil de propagande certes mais aussi d’action, via le piratage.



3 - TERRORISME POUR DE RIRE

Le terrorisme, ça existe, et ce n’est pas drôle. Mais les auteurs de SF s’intéressent assez peu aux choses telles qu’elles sont. Roland WAGNER, par exemple, a inventé l’attentat-indolore : dans « La saison de la sorcière » on pourrait croire que les nouveaux terroristes et les nouveaux philosophes partagent un amour commun, celui de la tarte à la crème. Citons Olivier Pezigot, auteur d’un gouleyant dossier consacré à l’humour dans la SF le mois dernier : « Nous devons faire face à un nouveau terrorisme : Big Ben fond, le château autrichien de Schönbrunn se transforme en château de sucre, et, cerise sur le gâteau, un ptérodactyle a arraché la Tour Eiffel de son socle pour la balancer avec un grand plouf dans l’océan.

Ne pouvant laisser leur allié dans la panade, les U$A ont été obligé d’envahir puis d’occuper la France, pour nous sauver des griffes de ces vilains terroristes. Un gouvernement musclé a été mis en place, les soldats US patrouillent dans nos rues, l’ordre est censé régner. »

Dans le même ordre d’idée, les Martiens de Fredric BROWN (Martiens Go Home) apparaissent comme de joyeux dynamiteros [même s’ils sont extrêmement nombreux]



SOCIETES VIOLENTES

L’idée que le terrorisme puisse être associée au consumérisme peut surprendre. Elle a été explorée entre autres par BALLARD et SPINRAD



1 - CITOYENS TERRORISTES

A ces questions J.G. BALLARD donne une réponse dans Millenium People qui évoque la révolte tragi-comique des classes moyennes d’un quartier cossu d’une marina à Chelsea. Un psychologue, affligé par la mort de sa première femme dans un attentat à l’aéroport d’Heathrow, infiltre un groupe d’activistes avec l’espoir d’y retrouver le meurtrier de celle-ci.

Les manifestations ou attentats auxquels le psychologue participe, prennent pour cible des institutions, des vidéoclubs, des cinémathèques, la BBC... tout ce qui se rapporte à un comportement social de consommation.

BALLARD en traque les codes, dans les zones vides de signification [aéroports, centres commerciaux, autoroutes] où s’implantent les nouveaux programmes immobiliers destinés aux « esclaves salariés », dans le comportement absurde de Sally qui, victime d’un accident de circulation, s’obstine après son rétablissement à se déplacer dans un fauteuil roulant... tout en multipliant les aventures sexuelles !

« Pour la première fois dans l’histoire humaine, un ennui féroce régnait sur le monde, scandé par des actes de violence dénués de sens ».

Tout en maniant une ironie féroce, BALLARD transforme en terroriste les consommateurs moyens désespérés par l’ennui et le confort. Des citoyens qui n’en peuvent plus des voyages organisés, des places de stationnement trop chères, de l’uniformité de la culture audiovisuelle et des expositions canines.

Pour BALLARD, en s’obstinant à transformer les êtres humains en purs objets et en leur imposant des comportements rituels consuméristes, les sociétés contemporaines fabriquent des individus violents dont la réaction ne saurait finalement surprendre...

« Les choses que tu possèdes finissent par te posséder »

Ce discours anticonsumériste se retrouve dans les propos de Tyler, un des héros de Fight Club. Le livre culte de Chuck PALAHNIUK pousse la réflexion de BALLARD à son terme. En effet c’est de violence gratuite et d’autodestruction dont il s’agit ici. Peu importe que vous passiez votre vie dans un local à photocopieuse si vous massacrez vos adversaires dans le Fight Club du quartier. Détruire c’est exister.



2 - TERRORISTE ENTRE DEUX PAGES DE PUB



Dans le livre de Norman SPINRAD, En direct, Les Brigades Vertes investissent une petite station de TV locale pour s’opposer [non sans raison] à un projet de construction de centrales nucléaires de dessalement d’eau de mer au large de la Californie, dans une région sismique. Avec l’aide musclée d’un technicien passablement irradié lors d’une expérience pilote, ils réussissent à convaincre les électeurs de repousser le projet.

Puis, forts de leur succès, ils demandent au gouvernement américain d’imposer au gouvernement Brésilien l’arrêt du déboisement de l’Amazonie, et s’attaquent à la circulation automobile.

L’intérêt de cet ouvrage, malgré quelques longueurs est de montrer que les Brigades Vertes passent insensiblement d’une action directe à une action en direct. Inconsciemment et de pair avec les journalistes, la pertinence du propos des terroristes au cours des diverses émissions télévisées disparaît au profit de la mise en place d’une fine balance comptable entre les prévisions de profits publicitaires issues des sondages express et les pertes escomptées résultant des inévitables procès occasionnés.

Otages, terroristes, CIA, et même Maison Blanche, tout le monde au final se trouve englué dans la toile d’araignée de l’Image. Presque 10 ans après, on retrouve, amplifiée à l’horreur dans les snuff movies, cette idée que le terrorisme est la forme ultime du consumérisme (nous retrouverons ce thème chez BALLARD). Ainsi la mort filmée de Daniel Pearl n’est pas un acte religieux, au sens ou peut l’être un sacrifice divinatoire, mais une abomination médiatique.



LE TERRORISME SANS FIN



Dans le roman de Christopher PRIEST, Les Extrêmes, Teresa Simmons, agent du FBI, est experte dans l’affrontement de situations extrêmes [Expériences Extrêmes]. C’est au cours d’une intervention semblable que son mari Andy, également agent du FBI est tué.

Ils ont pourtant subi subissent une formation spécifique dans un simulateur. Plongés dans des univers virtuels très « réalistes » ils affrontent divers scénarii mettant en présence tueurs et victimes.

Térésa, mue par un long travail de deuil se rend dans la petite ville anglaise de Bulverton où s’est déroulé un massacre semblable à celui qui a occasionné la mort de son époux, dans l’espoir d’y trouver une explication. Elle apprend d’une part que les simulateurs sont commercialisés dans le secteur privé et d’autre part que l’auteur du massacre de Bulverton, s’était branché sur l’un d’entre eux avant la tuerie.

PRIEST formule l’idée que nos rêves où nos souvenirs non seulement ne nous appartiennent pas mais que les plus terrifiants sont l’objet d’un enjeu économique, le dernier marché en quelque sorte, quitte à transformer les utilisateurs de ces machines en tueurs fous.

Conséquence de la substitution du virtuel au réel, surgit alors la figure pathologique du « corps morcelé », chère aux psychanalystes, sur laquelle se superpose très exactement la représentation des corps et des esprits déchiquetés des victimes des attentats, victimes surtout de sociétés violentes et sans identités.



Suivant d’autres pistes que le virtuel, DON DELILLO dans ses ouvrages récents, L’homme qui tombe et Zéro K explore le concept de désincarnation (il est vrai déjà abordé dans Body Art ou Cosmopolis)

 Le premier s’inscrit au cœur des événements du 11 Septembre 2001, sujet également abordé par le regretté Lucius Sheppard dans la nouvelle « La présence »

Keith Neudecker travaille dans la tour sud du World Trad Center lorsque l’avion percute le gratte-ciel. Couvert d’un sang qui n’est pas le sien, on l’évacue dans un Centre de soin.

Neudecker se réfugie ensuite chez son ex-femme. Dans ses bagages, une mallette qui ne lui appartient pas, dont il s’est emparé par pur réflexe. La recherche du propriétaire de cette mallette, une autre rescapée de l’effondrement des tours, constitue l’une des vaines tentatives de catharsis de Keith. Les fils renoués avec sa femme, les parties de poker, rien n’y fait, à l’image des ateliers d’écriture que celle-ci anime pour des malades d’Alzheimer.


Il se sent disparaître : « Puis il vit une chemise descendre du ciel. Il marchait et la voyait tomber, agitant les bras comme rien en ce monde. » Il se souvient des propos du médecin qui en retirant des éclats de verre fichés dans sa peau, évoquait les shrapnels organiques que laissent les attentats suicides chez les survivants proches des lieux des explosions, comme des morceaux de chair étrangère poussant dans leur corps.


Etrange pied de nez à la transsubstantiation [l’auteur emploie ce mot] que l’on pourrait formuler ainsi : « ceci n’est pas mon sang, ceci n’est pas ma chair » et que DON DELILLO résume brutalement ; « Dieu est la voix qui dit, je ne suis pas là »



Dissolution du monde, dissolution des esprits, l’écrivain atteint avec Zéro K, une espèce de point de non-retour. Le narrateur Jeffrey est convoqué par son père, un riche homme d’affaire pour assister à la mort de sa belle-mère, en fait la deuxième épouse de Ross. Atteinte d’une grave maladie, elle choisit l’hibernation. Le site financé par le milliardaire, situé en Asie Centrale, sert également de centre de recherche pour l’élaboration d’une société future.

Etrange lieu où l’on devance l’appel de la mort pour tenter de lui échapper. Dans les couloirs sinistres de cette morgue qui ne dit pas son nom, surgissent des images d’attentats. Peu de dialogues, les personnages délivrent des monologues sans réponses. La prose elle-même de DELILLO atteint un degré d’absence, de désincarnation, terrifiant. C’est peut-être Point Oméga, un autre ouvrage de l’auteur d’Outremonde, qui donne la clef. Nous sommes déjà morts et ne restent que des écrans sans spectateur où défilent les souvenirs du monde ancien.





(1)   SF et terrorisme

jeudi 26 octobre 2017

La forêt sombre


Liu Cixin - La forêt sombre - Actes Sud










Après le succès de curiosité du Problème à trois corps, Actes Sud publie un an après le deuxième volet de la trilogie de Liu Cixin, La forêt sombre. On a le sentiment qu’au bout de  plusieurs parutions la collection Exofictions trouve enfin sa vitesse de croisière. Elle s’est fendue à l’occasion d’une quatrième de couverture en nette amélioration. Espérons qu’une petite main aura la brillante idée de refaire celle du premier tome lors d’une réédition chez Babel (l’équivalent Poche d’Actes Sud).


Autant tuer le suspens immédiatement : l’auteur a créé un space opera monumental.  Les mystérieuses prémisses plantées dans le premier volume donnent lieu ici à des développements et un début de conclusion aux dimensions d’une épopée. Qu’on se le dise, la SF de Grand-Papa, celle d’Isaac Asimov, celle d’Arthur Clarke est de retour et tant pis pour les grincheux. Long (650 pages), un peu poussif -hard SF oblige- l’objet avance dans le marasme éditorial actuel comme un croiseur dessiné par Manchu.



Rappelons les faits. Durant la Révolution culturelle, la jeune Ye Wenjie assiste impuissante à la lapidation de son père par des Gardes Rouges. Son aversion pour une Humanité vouée à la violence trouve des années plus tard un débouché au hasard d’une affectation dans un observatoire astronomique en Mongolie. Elle rentre en contact avec une espèce extraterrestre les Trisolariens condamnés à fuir une planète à l’agonie. Décidés à envahir la Terre et aidés en cela par une organisation humaine secrète, ceux-ci bloquent toute avancée en matière de recherche fondamentale.


Dans le second volume, l’Humanité prépare sa défense. Face à un adversaire au courant de ses moindres faits et gestes, elle nomme quatre Colmateurs ayant pour mission d’élaborer dans le plus grand secret des plans d’actions. Des moyens quasi illimités leurs sont alloués. En réaction les Trisolariens leurs opposent quatre Fissureurs terriens chargés de percer leurs stratégies. Tous les humains ne sont pas d’accord avec cette marche à suivre. Certains prônent une solution d’évasion sélective, très courante d’ailleurs dans la SF anglo-saxonne, mais à laquelle s’oppose violemment Zhang Beihai.


Le plus insignifiant des Colmateurs, Luo Ji attire particulièrement l’animosité des envahisseurs, car il est indéchiffrable. Amoureux d’un fantôme, il semble se réfugier dans ses rêves et oublier sa mission au désespoir des autorités. Héraut d’une nouvelle science, la cosmosociologie, un souvenir de la psychohistoire d’Asimov, ce scientifique ressemble à un Harry Seldon revu par Haruki Murakami. A ses côtés on retrouve le malicieux commissaire Shi Qiang et un autre fort personnage le commissaire politique Zhang Beihai, une spécialité bien chinoise, militaire de devoir autant idéologue que génial stratège. Comme Luo Ji il détient les clefs de l'avenir. Mais leurs chemins divergent.


La narration s’étale sur deux cent ans. Des humains disparaissent, d' autres choisissent l’hibernation pour devancer l’appel dans leur désir de combattre les Trisolariens. Comment vit t-on à l'ombre d'une menace s'étalant sur plusieurs siècles ? Liu Cixin aborde là un thème traité jadis par John Brunner dans Le Creuset du temps. La fin élégante en forme de paradoxe de Fermi ne déçoit pas. Vivement la suite.